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Union des Populations du Cameroun

L'AME  IMMORTELLE  DU PEUPLE  CAMEROUNAIS

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Portrait de Mpodol


Dans la description et l'analyse de la lutte anticoloniale au Cameroun, l'auteur et, après lui, le lecteur rencontrent inévitablement des problèmes ou des épisodes historiques que l'information disponible ne suffit pas à éclairer de façon satisfaisante et à présenter sous tous leurs aspects. Malgré ces lacunes, il a semblé nécessaire, dans certains cas, de dresser un tableau aussi précis que nos connaissances limitées nous le permettent. C'est le cas pour la personnalité de l'architecte de l'UPC, Ruben Um Nyobè. Certaines considérations rendent cependant cette tâche difficile. Malgré ses talents certains, Um Nyobè était un homme très modeste. Pendant les dix dernières années de sa vie, de 1948 à 1958, il travailla sans relâche pour l'indépendance de son pays. Il est donc souvent impossible de dissocier clairement la vie privée du secrétaire général de l'UPC et le combat public de son parti. De plus, on peut classer ceux qui le connais- sent bien en deux catégories dont aucune n'est particulièrement propice au chercheur. La première est celle des compagnons d'armes que la force des circonstances a obligée à composer avec le régime en vigueur au Cameroun, et qui ne souhaitent donc guère s'attarder sur cette période de leur existence devenue maintenant compromettante. La seconde catégorie inclut les quelques inébranlables qui continuent à glorifier, voire à idolâtrer et immortaliser le leader assassiné, et qui font de Um Nyobè des portraits si parfaits qu'ils en deviennent inutilisables sauf pour de vrais croyants . Néanmoins, la comparai- son des témoignages oraux et écrits permet de surmonter ces obstacles et de dresser au chef de l'UPC un portrait fiable.

 

Um Nyobè naquit dans une famille de paysans basaà et fréquenta des écoles presbytériennes dans les villages près de chez lui dans la Sanaga Maritime, jusqu'à ce qu'il soit admis à l'importante École Normale de Foulassi dans le Ntem. Cependant, à la suite d'un imbroglio dont les détails demeurent obscurs, il entra en conflit avec ses l maîtres presbytériens américains et fut exclu de l'école. Il continua f donc seul son éducation et réussit l'examen d'entrée dans les catégories inférieures du service public. Employé au tribunal de Yaoundé puis d'Edéa, il laissa à ses collègues le souvenir d'un homme qui aimait la musique (il dirigea souvent des chorales) et appréciait le sport (il était à la tête de la Fédération Sportive d'Edéa). Par ail- leurs, tous les souvenirs personnels sur Um Nyobè dans les années trente et quarante insistent sur sa simplicité et son absence de prétentions. A la différence de la plupart des fonctionnaires ambitieux de son époque, Um Nyobè semblait se désintéresser totalement des biens matériels. Même une fois devenu le chef nationaliste reconnu du pays, les étudiants camerounais à Paris devaient user de stratagèmes pour lui faire accepter de nouveaux vêtements lorsqu'il allait aux Nations Unies plaider pour son parti.

 

Il est un point sur lequel les impressions personnelles coïncident de façon éclatante avec ce que nous révèlent les écrits très variés de Um Nyobè : c'est son effort pour consacrer toutes ses énergies à la tâche écrasante d'obtenir l'indépendance de son pays. Si Julius Nyerere, un autre leader africain, n'avait pas exprimé avec force, plus récemment, la nécessité de l'indépendance personnelle et nationale en Afrique, on aurait pu attribuer ce message à Um Nyobè. En avril 1947, quand, après la fondation du RACAM, l'Administration Française se rendit compte qu'elle allait bientôt avoir affaire à une lutte nationaliste vigoureuse, elle dressa une galerie de portraits des intelectuels camerounais les plus importants. Les commentaires faits à l'époque par le service de sécurité sur Um Nyobè, qui était encore peu connu, sont instructifs:

« Intelligent, il cherche à acquérir par lui-même une culture supérieure... Depuis les dix-huit derniers mois, il a consacré toute son activité à créer de nombreux syndicats réunis en Union Régionale, dont il est le secrétaire général... Est l'un des membres les plus actifs du Mouvement 9émocratique Camerounais, bien que ne paraissant pas lui-même... Elément dangereux. Sort très peu, mène une vie retirée, ayant un noyau d'amis très restreint» .

Comme l'indique ce document, Um Nyobè avait déjà adopté le genre de vie qui fut ensuite de rigueur pour les dirigeants de l'UPC obligés d'opérer semi-clandestinement pendant toute l'existence du parti. De plus, le stoïcisme de Um Nyobè, son acceptation et même son exaltation du sacrifice personnel tant qu'il dirigea l'UPC, étaient déjà sensibles dans les lettres privées interceptées par les Français:

«Notre émancipation... nous impose d'énormes sacrifices certes, mais quand on pense qu'au temps de l'indigénat, il suffisait au chef de subdivision de ramasser ceux que le chef et lui-même détestaient pour les mettre en prison sans jugement et sans défense possible, on se réjouit de subir tout cela quand on lutte pour la liberté de son pays. Le fait pour ces messieurs de vouloir restaurer dans la région tout ce qui se trouve aboli par la constitution trahit leur peur de notre émancipation»

Ses anciens lieutenants soulignent une autre de ses qualités établie par d'autres sources, et qui est son courage personnel. A une époque où la plupart des Camerounais étaient terrorisés de façon bien compréhensible par le pouvoir arbitraire considérable des administrateurs français, Um Nyobè considérait que cela faisait partie intégrante de la lutte que de résister n'importe quand à n'importe qui,  lorsqu'il estimait que ses droits et ceux de son peuple étaient menacés. Comme écolier rebelle, militant au fond de .ta brousse, et délégué de son parti aux Nations Unies, Um Nyobè était, paraît-il, maître dans l'art d'argumenter. A l'occasion, son désir de s'opposer directement à ses adversaires et de réfuter personnellement leurs arguments faillit lui valoir de sérieuses blessures, par exemple à Foumban en mars 1953. On se rappelle encore aujourd'hui au Cameroun de nombreuses circonstances où Um Nyobè provoqua délibérément des affrontements personnels. Citons, d'après des sources écrites, son intervention au milieu d'une réunion religieuse en juin 1949 pour dénoncer Mgr Lefebvre de Dakar et l'adhésion implicite de ce dernier au colonialisme , ou encore sa façon délibérée d'interrompre un discours de Douala Manga Bell et de l'appeler c menteur. et c traître. en  août de la même année . Dans ce dernier cas, seul un départ précipité sauva le leader de l'UPC du lynchage par les fervents admirateurs de Bell.

 

Mais Um Nyobè ne comptait pas seulement sur un courage aveugle     pour défier ses adversaires. Aujourd'hui encore, le lecteur est immédiatement frappé par l'acuité avec laquelle Um Nyobè disséquait et discréditait les arguments politiques et juridiques de l' establishment . colonial français. Dans ses écrits comme lors d' affrontements à l'improviste, le chef de l'UPC faisait montre d'un talent

 

L' impressionnant pour le débat politique et juridique. Ainsi de l'incident suivant qui eut lieu en octobre 1949 à propos du travail forcé dont les Français maintenaient la pratique à l'aide de divers subterfuges, et ce malgré son abolition officielle. Pendant une visite à Nkongsamba, Um Nyobè assista au bouclage de la place du marché par la police et à l'arrestation de nombreux Camerounais qui ne pouvaient produire leur cane d'identité et leur cane de travail, une carte blanche donnée officiellement aux Mricains par leurs patrons européens . Apercevant trois camions chargés d'hommes emmenés après une rafle, Um Nyobè se précipita au bureau de l'administrateur local pour se plaindre. Comme ce dernier lui répondait qu'il y avait des plaintes pour vols par des vagabonds et qu'il était donc nécessaire de ramasser les c sans emplois. Um Nyobè le corrigea en citant la définition légale du vagabond et en montrant combien elle s'appliquait mal aux simples paysans arrêtés sur la place du marché.

 

D'autres aspects de la personnalité de Um Nyobè sont simplement mentionnés ici car ils apparaîtront clairement dans l'exposé du développement de son parti, dans les chapitres suivants. C'est d'abord son nationalisme « révolutionnaire. Um Nyobè assimila bien mieux sa formation marxiste que la plupart des autres leaders de l'UPC, Félix Moumié et Ernest Ouandié par exemple. Aussi ce qu'il disait ou écrivait avait toujours une tonalité indigène, nationaliste. Ceci explique en partie qu'il en vint à être reconnu (ouvertement ou tacitement) comme le chef national de tout le pays par de nombreux Camerounais appartenant à des groupes religieux, politiques ou ethniques différents. Ses lettres privées et ses allocutions publiques sont pleines de références à la marche en avant du peuple du « Kamerun  et de sa conviction que ce mouvement allait réussir. Il faut aussi mentionner son souci du travail organisé et d'une formation intellectuelle continue, son insistance sur la vigilance et le contrôle de soi. Dans toutes les déclarations publiques ou privées de Um

Nyobè, on retrouve le message suivant: « Le devoir de nos camarades est de rester calmes et vigilants tout en menant la lutte... Um Nyobè voulait, en définitive, construire un mouvement populaire qui aurait possédé les mêmes capacités que lui-même avait acquis, et qu'il jugeait particulièrement nécessaires compte tenu des limites imposées aux populations assujetties par les puissances coloniales, les églises coloniales et les écoles coloniales. Effectivement, quand on observe les défauts de bien des gouvernements post-coloniaux de l'Afrique d'aujourd'hui, que l'on réfléchit sur les mouvement nationaux qui les ont rendus possibles, on a des raisons supplémentaires de regret- ter que Um Nyobè et ceux qu'il inspirait n'aient pas eu véritable- ment l'occasion de mettre leurs idées politiques en pratique.

 


 

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Um Nyobè Ruben

Nom : Um NYOBE Ruben Georges François

Naissance en 1913 à Eog Makon près de Boumnyébel

Fratrie : deux sœurs

1924 : entre à l’école primaire protestante à Llanga près d’Eséka

1931 reçu au CEPE au centre régional d’Eséka

1933 reçu au concours de l’Ecole Normale des missions protestantes de Foulassi

exclu de l’école pour cause de revendication de meilleures conditions d’alimentation.

Présente avec succès en candidat libre, l’examen en vue du diplôme de moniteur indigène sanctionnant la fin de la scolarité à l’Ecole Normale.

Enseigne dans les écoles de missions protestantes.

1935 : entre dans l’administration comme écrivain interprète stagiaire toujours teneur des registres du secrétariat à la section des Pensions.

Juin 1939 :présente avec succès la première partie du baccalauréat.

1943 : il adhère au Cercle  d’Etudes sociale animé par les militants syndicaux français.

1945 : est affecté à Ngambè où il sert comme secrétaire à la prison et au tribunal du 1er degré.

1946 : il devient écrivain interprète de 1ère classe.

1947 : affecté à Maroua en qualité de greffier de justice : il est déjà secrétaire général adjoint de l’USCC.    

Novembre 1947 : il est élu secrétaire général de l’Uscc. A ce titre, il participe au deuxième congrès  du RDA à Abidjan lequel l’élira vice-président.

10 Avril 1948 : création de l’Upc.

Décembre 1948 : il est élu secrétaire général de l’Upc par le comité directeur sur proposition de Mayoa Beck.

Septembre 1952 : congrès de l’Upc à Eseka.

Décembre 1954, troisième et dernière intervention devant la quatrième commission du Conseil de Tutelle de l’Onu en compagnie de Kingue Abel pour le compte de la JDC, seule et unique intervention devant la 9ème session.

1955 : Um Nyobe échappe à un attentat.

10 Mai 1955 : il se réfugie à Boumnyébe